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5 juillet 2012, Villeurbanne, France.

Le public est debout applaudissant les artistes. Le spectacle vient de se terminer.  En ce samedi après midi du mois de juin, la centaine de personnes qui était entassée et assise sur la pelouse du Parc du centre de Villeurbanne a vibré le temps d’une heure et demie de spectacle sous les exploits et la performance de dix jeunes artistes cambodgiens. Bravo !

Toutes les années entre de Mai à Juillet, des jeunes de l’école cambodgienne de Phare Ponleu Selpak parcourent les routes de France dans leur bus de fêtes en festivals. Les kilomètres défilent : un jour les essuies glaces grincent contre le pare-brise détrempé, le lendemain les moucherons trop nombreux viennent crépir le champ de vision du chauffeur.  A l’intérieur, les artistes, plutôt calmes, s’occupent regardant films and écoutant de la musique khmère sur téléphones et ordinateurs. Les paysages changent. Aujourd’hui, la garrigue laisse progressivement place aux platanes et peupliers arborant les bas côté de nos routes. Le bus aux allures cambodgiennes ne s’arrête plus si bien que les jeunes s’endorment, bercée par des chansons d’amour aux sonorités khmères.  Demain, le spectacle se jouera à Villeurbanne, dans le Grand Lyon mais pour l’heure les artistes peuvent rêver de leur amis et famille restés au Cambodge. Demain, les spectateurs auront à leur tour leur chance de rêver, de voyager et voire plus si infinité à travers la représentation Sokha.

A Villeurbanne, ce matin, le bus est tranquillement garé à l’ombre de quelques platanes : aucun moucheron, aucune pluie. Rien ne dérangera à priori le futur déroulement de la journée ni même la brise matinale. La scène d’un jour se monte sans aucune encombre à gros coup de masse et de petits calages si important pour la stabilité des acrobates. L’équipe est rôdée et en moins de deux heures la scène est montée. Les musiciens Vanthan et Asrey sous l’œil de Mongkol, le technicien ajustent les derniers réglages sons alors que Det, directeur artistique accompagné du reste de l’équipe, les acrobates Phunam, Aloy, Atouch, Dina, Samnang, Sophea et Sothea préparent le déjeuner avec l’aide d’Ana et Elsa, les accompagnatrices françaises.

Des kilogrammes de gingembre sont méticuleusement découpés, le poulet est divisé en petits morceaux au hachoir pendant que le riz cuit lentement. Les odeurs agréables de cuisson commencent à se dégager alors que la musique khmère continue de s’ajuster. Au Parc du centre, la pelouse est verte fluorescente comme si elle avait été arrosée par des mois de mousson ; le soleil est resplendissant faisant perler des gouttes de sueurs sur le front de Dina, désigné comme chef cuisinier ; les odeurs d’épices se dégagent et la musique est différente. A Villeurbanne, les passants sont attirés par ces odeurs, cette musique mais surtout par ces sourires éclatants : le Cambodge est assis à Villeurbanne sur le trottoir mangeant ce succulent repas.

Le spectacle commence dans deux heures et tout le monde, avec l’estomac rempli, disparaît dans le bus ou à l’ombre d’un arbre pour la sieste récupératrice. Une heure plus tard, les passants deviennent progressivement des futurs spectateurs impatients. Ils s’installent à proximité de la scène sur la pelouse assistant à l’échauffement des acrobates : étirements, prises de repères et derniers ajustement techniques s’effectuent sous les regards émerveillés des premiers enfants déjà impressionnés. Quelques minutes plus tard, la foule a pris place sur le devant de la scène. Les enfants sont au premier rang ne voulant pas rater une seconde du spectacle. Derrière, la foule forme un amphithéâtre naturel. Le pré n’est plus vert, il est maintenant noir de monde et les artistes disparaissent derrière le rideau. Le spectacle va commencer, la foule retient son souffle, on entendrait presque les alizés soufflant dans les palmiers.

La musique commence. Sokha entre en scène.

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